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LE VIEIL HOMME AUX CHOCOLATS.

 


Etendu sur le macadam, un vieil homme, vêtu d’un long manteau rouge pleure…

Autrefois, le vieil homme était aimé de tous. Dans son village, il était connu des enfants pour sa grande gentillesse. Certains d’entre eux s’amusaient, le soir de Noël, à observer par la fenêtre, espérant entrevoir leur voisin, à la barbe fournie, embarquer sur son traineau. Mais celui-ci n’était qu’un homme ordinaire. Toujours, il avait ses poches remplies de chocolats qu’il donnait aux gamins qu’il croisait. Le vieil homme vivait seul, ni femme, ni enfants. Mais son village était sa famille. Il connaissait tout le monde. Les gens du village l’avaient surnommé le vieil homme aux chocolats. Les enfants, eux, l’appelaient avec candeur Grand-père. Il était heureux. Assis sur un rocking chair en merisier sur le perron de sa maison, il contait des histoires fantastiques devant une assemblée attentive et émerveillée. Ses histoires étaient mêlées de faits réels et de contes qu’autrefois sa mère lui lisait. La nuit tombée, il s’installait confortablement dans son lit. Emmitouflé dans un édredon  rouge, il observait la lune blanche avant de, paisiblement, s’endormir.

Sous une pluie battante, dans une rue sombre, éclairé par la lumière blanche d’un réverbère, un vieil homme est étendu, recroquevillé sur lui-même, sur le macadam humide. Son long manteau clair est maculé de sang. Le vieil homme pleure. Caché dans sa main, un chocolat qu’il venait de prendre dans sa poche car il avait reconnu le jeune homme qu’il croisa cette nuit là. Le vieil homme mourut seul, après avoir été poignardé pour quelques sous par celui qui, enfant, aimait les chocolats.

Didier Desmet. Septembre 2012